Anthropic mesure le déficit de confiance autour de l’IA

La première enquête Public Record d’Anthropic montre une attente forte de régulation et une confiance très basse envers les entreprises d’IA.

Anthropic a publié le 12 juin 2026 les premiers résultats de l’Anthropic Public Record, une enquête nationale menée en ligne auprès de 51 993 Américains en novembre et décembre 2025. La société dit vouloir répéter cette série pour suivre l’évolution des attitudes publiques face à l’IA. Le chiffre le plus net n’est pas un score de modèle, mais un signal politique : seuls 15 % des répondants déclarent faire confiance aux entreprises d’IA pour décider de la façon dont la technologie est développée et utilisée.

L’étude montre un mélange assez stable d’espoirs et d’inquiétudes. Côté espoirs, 48 % des Américains placent la guérison de maladies comme le cancer ou Alzheimer parmi leurs trois attentes principales vis-à-vis de l’IA. L’aide aux personnes handicapées arrive ensuite à 36 %, puis le progrès technologique et la simplification de la vie quotidienne, tous deux à 23 %. Côté craintes, la perte d’emplois domine dans tous les États, avec 64 % des répondants qui se disent inquiets. La dépendance cognitive, c’est-à-dire le risque de déléguer trop de raisonnement aux machines, suit à 56 %, devant la désinformation à 52 %.

Le résultat le plus intéressant est peut-être l’absence de fracture politique simple. Anthropic indique que le soutien à une intervention publique dans l’IA atteint 71 % au niveau national, avec 79 % chez les démocrates, 68 % chez les républicains et 69 % chez les indépendants. La demande d’action se concentre d’abord sur la vie privée, la sécurité des enfants et la responsabilité en cas de dommage. En clair, l’enquête ne décrit pas une opinion publique anti-IA. Elle décrit plutôt une opinion qui accepte l’utilité potentielle de la technologie, mais veut des règles, des recours et des garde-fous extérieurs aux laboratoires.

La méthode compte pour lire ces chiffres. L’enquête est pondérée selon des repères du recensement américain, avec une marge d’erreur nationale de ±0,6 point. Les données restent déclaratives et portent sur la fin 2025, pas sur un comportement observé en entreprise ou à l’école. Mais l’échantillon est assez large pour donner une photographie utile, notamment sur les écarts entre utilisateurs intensifs et non-utilisateurs. Les personnes qui utilisent l’IA tous les jours au travail se disent moins inquiètes pour l’emploi que celles qui ne l’utilisent jamais, 54 % contre 70 %.

Pour les acteurs de l’IA, la conséquence concrète est sobre : l’adoption ne suffira pas à produire la confiance. Même les utilisateurs intégrés, qui utilisent l’IA quotidiennement au travail et dans leur vie personnelle, soutiennent l’intervention publique à un niveau proche du reste de la population. Les entreprises peuvent donc difficilement présenter la régulation comme une demande d’hostiles ou de retardataires. Dans cette photographie, le public veut les bénéfices médicaux, pratiques et productifs de l’IA, mais il ne veut pas confier seul aux fournisseurs le choix des limites.