Londres assouplit son cadre stablecoin

La Banque d’Angleterre remplace les limites par porteur par un plafond temporaire d’émission pour les stablecoins systémiques en livre sterling.

La Banque d’Angleterre a publié le 22 juin 2026 sa position de politique publique et un projet de Code of Practice pour les stablecoins systémiques libellés en livre sterling. Le changement le plus lisible concerne les garde-fous de volume : au lieu des limites de détention par utilisateur envisagées en 2025, 20 000 £ pour les particuliers et 10 millions £ pour les entreprises, la banque centrale retient désormais un plafond temporaire d’émission par stablecoin systémique, fixé au départ à 40 milliards £.

Le déplacement est important parce qu’il transforme une contrainte très opérationnelle, surveiller les soldes de chaque porteur, en contrainte macroprudentielle plus simple à administrer. La Banque dit avoir reçu des critiques sur la complexité des limites de détention et sur le risque de pousser les émetteurs vers des stablecoins non libellés en sterling. Elle maintient pourtant une logique de prudence : le plafond doit être réexaminé régulièrement et retiré seulement lorsque le risque de transfert brutal des dépôts bancaires vers les stablecoins sera jugé suffisamment maîtrisé.

L’autre ajustement clé porte sur les actifs de réserve. Le régime de croisière passe à une composition 70/30 : 70 % en dette publique britannique de court terme et 30 % en dépôts non rémunérés à la Banque d’Angleterre. Les émetteurs reconnus systémiques dès leur lancement pourront, pendant leur montée en charge, conserver jusqu’à 95 % de leurs réserves en titres publics britanniques. Ce n’est pas une dérégulation complète : les stablecoins concernés devront rester remboursables à la valeur nominale, avec des actifs de haute qualité, des exigences de capital, des plans de continuité et un accès direct attendu aux systèmes de paiement.

Ce point d’accès direct est technique, mais décisif. Il signifie qu’un émetteur systémique ne devrait pas seulement brancher un jeton à une application de paiement : il devra être capable de régler en monnaie de banque centrale, de limiter sa dépendance aux intermédiaires et de tenir des procédures de remboursement crédibles. Le stablecoin devient alors moins un produit crypto isolé qu’un maillon d’infrastructure, soumis à des tests de liquidité, de gouvernance et de continuité comparables à ceux d’un acteur de marché critique.

La feuille de route reste graduelle. La Banque veut finaliser le Code of Practice d’ici la fin 2026, puis consulter en 2027 sur des textes d’appui, dont la mise à jour de ses règles pour les infrastructures de paiement reconnues et le détail d’une facilité de liquidité de banque centrale. Pour les acteurs de la blockchain, le message est double : le Royaume-Uni ouvre une voie plus praticable pour des stablecoins en livre sterling, mais réserve cette voie aux émetteurs capables de fonctionner comme une infrastructure de paiement critique.