ELROB met les robots terrestres à l’épreuve

En Suisse, plus de vingt équipes testent des véhicules terrestres sans équipage dans des scénarios réalistes de sécurité et de secours.

Armasuisse, l’office fédéral suisse chargé des achats de défense, a accueilli du 15 au 19 juin l’édition 2026 de l’European Land Robot Trial sur le terrain militaire de Thoune. Le rendez-vous, organisé avec le Fraunhofer FKIE et RUAG, n’est pas présenté comme un salon ni comme une course à la démonstration, mais comme un banc d’essai pour véhicules terrestres sans équipage. Plus de vingt équipes internationales y testent leurs systèmes dans des scénarios réalistes, avec l’objectif d’évaluer ce que la robotique terrestre peut faire aujourd’hui dans des opérations civiles ou militaires difficiles.

Le détail compte : ELROB sépare cinq cas d’usage. Les robots doivent accompagner un convoi, reconnaître une zone non urbaine, suivre un soldat comme « mule » sur environ 300 mètres, participer à une mission de recherche et d’évacuation de blessés, ou repérer des restes explosifs de guerre. Dans le scénario de convoyage, au moins deux véhicules doivent atteindre une destination, transporter une charge utile d’au moins 1 500 kg, et le faire avec le plus d’autonomie possible. Ces contraintes donnent une photographie plus utile que les vidéos de robots isolés : elles testent la navigation, la charge, la perception, la robustesse et l’intégration avec des humains.

L’intérêt éditorial est là. La robotique terrestre avance moins vite dans l’imaginaire public que les drones aériens ou les humanoïdes, mais elle répond à des besoins très concrets : reconnaître un terrain dangereux, déplacer du matériel, évacuer une personne, inspecter une menace. Armasuisse insiste sur la dimension pratique du test, car passer du laboratoire au terrain suppose des systèmes capables de fonctionner avec de la poussière, des obstacles, du relief, des liaisons radio imparfaites et des opérateurs qui doivent prendre des décisions rapides. La promesse n’est donc pas un robot autonome magique, mais un outil qui réduit l’exposition humaine.

ELROB montre aussi comment la frontière entre usages civils et militaires devient plus poreuse. Les mêmes briques, cartographie 2D ou 3D, suivi de personne, transport semi-autonome, détection d’objets dangereux, peuvent servir lors d’une catastrophe ou dans une zone de conflit. Cette convergence impose une lecture sobre : la valeur d’un système ne se mesure pas seulement à son intelligence embarquée, mais à sa capacité à accomplir une tâche risquée de façon répétable, vérifiable et compatible avec les procédures existantes. Pour la robotique européenne, ce type d’essai dit moins « voici le futur » que « voici ce qui tient déjà sur le terrain ».