Ghana et Royaume-Uni récupèrent 15 millions de dollars

Une enquête Ghana-Royaume-Uni montre comment l’analyse blockchain peut passer de la trace numérique à l’indemnisation des victimes.

Chainalysis a détaillé le 16 juin une enquête dans laquelle l’Economic and Organized Crime Office du Ghana, la National Crime Agency britannique, Europol et des partenaires privés ont identifié, gelé puis saisi environ 15,1 millions de dollars liés à une plateforme frauduleuse d’investissement en ligne. Les fonds, selon Chainalysis, sont désormais préparés pour être restitués à des victimes au Ghana et au Royaume-Uni. Le fait central n’est donc pas seulement une saisie crypto. C’est le passage d’une analyse de transactions à une récupération concrète d’argent pour des victimes.

L’affaire commence par un signal venu d’un acteur de marché. Des équipes de conformité d’OKX repèrent une activité inhabituelle liée à une promesse de rendements élevés, puis transmettent l’information à Europol. L’enquête remonte ensuite vers le Royaume-Uni, puis vers le Ghana, où les autorités identifient une structure locale associée à un groupe criminel sino-malaisien. La mécanique décrite est classique dans les fraudes d’investissement : une interface crédible, des soldes qui semblent progresser, des points gagnés par le commerce en ligne ou le parrainage, puis des flux réels qui quittent les victimes et circulent par différents actifs numériques.

Le point technique important concerne la lecture des chaînes. EOCO et la NCA ont utilisé Chainalysis Reactor pour regrouper des adresses liées, suivre les mouvements et relier des portefeuilles qui paraissaient séparés à une même opération. Les enquêteurs ont identifié des produits criminels équivalant à 119,4 BTC, 93 ETH et 2,85 millions d’USDT, répartis sur près de vingt coins et tokens. Cette dispersion n’est pas un détail : elle montre comment les fraudeurs essaient de rendre l’argent moins lisible en le fragmentant. L’analyse blockchain sert ici à reconstruire une image commune, consultable par plusieurs autorités, au lieu de juxtaposer des rapports nationaux incomplets.

L’autre enseignement est juridique. Chainalysis indique qu’EOCO a d’abord utilisé un pouvoir administratif de gel de 14 jours, puis obtenu une décision de justice pour maintenir le gel pendant l’enquête. Cette rapidité compte, car des actifs crypto peuvent être déplacés en quelques minutes. La vente des actifs saisis, avec ComplyCrypto et Zodia Custody, a ensuite permis de placer environ 15,1 millions de dollars sur un compte dédié au Ghana. La brève leçon pour le secteur blockchain est sobre : la transparence des registres ne suffit pas, mais elle devient utile quand elle rencontre des échanges vigilants, des outils d’analyse, des pouvoirs de gel proportionnés et une coopération internationale assez rapide pour transformer une trace numérique en restitution réelle.