Mobileye veut exploiter ses propres robotaxis

Le spécialiste de la conduite autonome ne veut plus seulement fournir la technologie, mais tester un service complet avec flotte, application et supervision.

Mobileye a annoncé le 16 juin son intention de créer une activité de robotaxis intégrée, avec un lancement prévu dans une ville américaine en 2027. La source officielle précise que l’entreprise ne veut plus seulement vendre son système de conduite autonome Mobileye Drive à des constructeurs et opérateurs : elle veut aussi posséder et exploiter un service de transport à la demande autonome. Le premier déploiement visé porterait sur environ 100 véhicules, mis en service par étapes dans une grande métropole américaine, avec un fonctionnement pleinement sans conducteur.

Le changement est stratégique. Mobileye s’est longtemps présenté comme un fournisseur de briques technologiques pour l’automobile : caméras, puces EyeQ, cartographie, logiciels d’aide à la conduite et système autonome. Dans le nouveau modèle, l’entreprise veut assembler ces briques avec Moovit, sa filiale de mobilité, pour couvrir la réservation, la planification multimodale des trajets, le suivi des missions, la gestion de flotte et l’intégration de la téléopération. La téléopération désigne l’assistance à distance qui peut aider un véhicule autonome dans certaines situations encadrées, sans transformer le service en conduite humaine classique.

L’annonce donne aussi un calendrier et une ambition chiffrée. Après la flotte initiale d’environ 100 véhicules en 2027, Mobileye dit viser environ 17 000 véhicules supplémentaires sur les cinq années suivantes, si le modèle opérationnel est validé. Ce point mérite attention, car le robotaxi ne se résume pas au logiciel de conduite. Il faut des véhicules prêts pour l’autonomie, des dépôts, de la maintenance, du nettoyage, de l’assurance, une application fiable, des outils de supervision et une réponse claire aux incidents. Il faut aussi composer avec les règles locales, les attentes des villes et la disponibilité de données opérationnelles assez solides pour décider où un service peut réellement tenir ses promesses.

La prudence reste nécessaire. Le communiqué parle de plans, pas d’un service déjà ouvert, et il ne nomme pas encore la ville américaine concernée. Il indique aussi que Mobileye continuera de fournir Mobileye Drive à ses partenaires, ce qui laisse une tension possible entre neutralité de fournisseur et rôle d’opérateur. Le signal est néanmoins net pour la robotique mobile : les acteurs de l’autonomie cherchent désormais à apprendre sur le terrain, dans l’exploitation complète, parce que la performance d’un robotaxi dépend autant de la flotte, des opérations et de la confiance du public que de la perception embarquée. La course se déplace donc vers une question plus concrète : qui sait faire rouler, surveiller et maintenir des robots utiles tous les jours ?