NEO, l'humanoïde domestique que pilote un inconnu en réalité virtuelle
1X livre en 2026 NEO, un robot à forme humaine pour la maison à 20 000 dollars. Mais une part de son autonomie repose sur un opérateur à distance, casque sur les yeux.
À l'automne 2025, la société norvégienne 1X a ouvert les précommandes d'un robot à forme humaine destiné non pas à une usine ou à un entrepôt, mais à votre salon. NEO mesure un mètre soixante-cinq, pèse une trentaine de kilos, et coûte vingt mille dollars, ou quatre cent quatre-vingt-dix-neuf dollars par mois si l'on préfère l'abonner comme un service de streaming. Les premières livraisons sont promises pour 2026, aux États-Unis d'abord.
La démonstration est séduisante : la machine ouvre la porte aux invités, va chercher un verre d'eau, éteint les lumières le soir venu. Mais une phrase de son fondateur, Bernt Børnich, vient nuancer le tableau. « Il faudra du temps avant qu'il n'y ait plus jamais un humain dans la boucle », a-t-il reconnu. Derrière l'autonomie affichée se tient, par moments, un opérateur en chair et en os, casque de réalité virtuelle sur les yeux, qui voit ce que voit le robot, c'est-à-dire l'intérieur de votre maison.
Ce qu'une paire de bras de plus changerait
L'argument de vente est limpide, et il touche juste. Plier le linge, ranger la vaisselle, porter les courses du seuil à la cuisine : ces gestes ne demandent ni génie ni effort, mais ils mangent du temps, tous les jours, et finissent par peser pour qui les répète. NEO peut soulever près de soixante-dix kilos et en porter vingt-cinq, de quoi monter une caisse d'eau ou déplacer un meuble sans se faire mal au dos.
Pour une personne valide, c'est du temps rendu : une demi-heure de tâches ménagères qui repart vers autre chose. Pour une personne âgée ou diminuée, l'enjeu est d'un autre ordre. Ne plus dépendre d'un proche ou d'une aide à domicile pour atteindre un placard trop haut, ramasser un objet tombé, se faire chauffer un plat, c'est une part d'autonomie qui revient, et avec elle une forme de dignité que l'on mesure mal tant qu'on ne l'a pas perdue.
1X ne vise pas un public de bricoleurs fortunés mais bien le foyer ordinaire, celui où personne ne rêve de programmer quoi que ce soit. C'est là que l'objet devient intéressant : non pas comme prouesse technique, mais comme promesse de soulagement domestique, à portée d'achat, ou presque.
Derrière l'autonomie, quelqu'un aux commandes
Voici la part que les vidéos montrent moins. NEO ne sait pas, aujourd'hui, accomplir seul l'essentiel de ces tâches. 1X évoque une autonomie réelle de l'ordre de soixante à soixante-dix pour cent ; le reste passe par ce que la société nomme le « mode expert ». Un téléopérateur, installé quelque part dans un bureau, enfile un casque et pilote la machine à distance pour le geste qu'elle ne maîtrise pas encore.
Cette béquille humaine n'est pas un aveu d'échec, c'est la stratégie. Chaque intervention manuelle sert à entraîner les modèles : le robot apprend en regardant un humain faire à travers lui, jusqu'à pouvoir s'en passer. L'autonomie n'est pas livrée avec l'appareil, elle se construit, foyer après foyer, à partir des données récoltées dans des milliers de cuisines et de couloirs. L'acheteur de 2026 n'achète pas un produit fini ; il finance, et nourrit, un produit qui n'existe pas encore tout à fait.
Qui regarde dans votre salon ?
La conséquence est inévitable. Pour qu'un opérateur prenne la main, il faut qu'il voie, et ce qu'il voit, c'est votre domicile, depuis l'intérieur, en mouvement. 1X en a pris la mesure et empile les garde-fous : les visages des occupants peuvent être floutés, l'utilisateur définit des zones interdites où la machine n'ira pas, l'opérateur ne peut pas prendre le contrôle sans accord préalable, et il travaille à travers une interface qui, dit l'entreprise, ne lui révèle pas chez qui il se trouve. Tous signent un engagement de confidentialité et passent une vérification d'antécédents.
Børnich va plus loin et retourne l'argument : un opérateur anonyme, encadré et tracé, serait plus sûr qu'une femme de ménage à qui l'on confie ses clés. L'argument se défend. Il n'efface pas pour autant le changement de nature. Une aide humaine, on la voit, on la connaît, on sait quand elle vient et quand elle part. L'opérateur de NEO, lui, est une présence intermittente et invisible, dont on ignore à quel moment elle s'active. Le confort gagné se paie d'une porte entrouverte sur l'intime, même bordée de précautions.
La question n'est pas de savoir si 1X est de bonne foi, elle l'est sans doute. Elle est de savoir ce que l'on accepte d'installer durablement chez soi : un appareil dont une part du fonctionnement suppose, par construction, qu'un tiers puisse voir où l'on vit.
Un soulagement en location
Reste le prix, et sa forme. Vingt mille dollars d'un coup, ou un abonnement mensuel : dans les deux cas, le service dépend des serveurs de l'entreprise, de ses mises à jour, de sa survie. Un robot ménager qui cesse de fonctionner le jour où la société ferme, ou qui perd ses fonctions si l'on résilie, n'appartient pas vraiment à celui qui l'a payé. La dépendance se déplace : on s'affranchit d'une corvée, on s'attache à un fournisseur.
NEO n'en reste pas moins l'un des premiers objets de ce genre à viser franchement la maison, et non le laboratoire ou l'usine. Le pari mérite d'être observé sans cynisme. Mais la promesse, celle de récupérer du temps et de l'autonomie sans lever le petit doigt, ne tient qu'à une condition rarement dite à voix haute : accepter que, pour faire les choses à votre place, la machine laisse parfois entrer quelqu'un. Le vrai luxe, dans cette histoire, pourrait bien rester celui de pouvoir dire non.