NEO, le robot humanoïde qu'un opérateur pilote à distance
NEO, le robot humanoïde de 1X, promet de vider votre liste de corvées. Mais pour les tâches complexes, un opérateur humain le pilote à distance, et regarde chez vous.
À l'automne 2025, une entreprise norvégienne installée en Californie a ouvert les précommandes d'un objet que la science-fiction annonçait depuis un demi-siècle : un robot humanoïde conçu pour vivre chez vous. NEO, signé 1X, mesure un mètre soixante-huit, pèse une trentaine de kilos et se glisse dans un costume tricoté beige plutôt que dans une carapace métallique. Vingt mille dollars à l'achat, ou quatre cent quatre-vingt-dix-neuf dollars par mois, avec deux cents dollars d'acompte et une livraison aux États-Unis annoncée pour 2026.
L'argument tient en une image : pendant que la machine plie le linge, vide le lave-vaisselle et range la cuisine, vous faites autre chose. Du temps rendu, des soirées dégagées, une charge mentale allégée. Mais la promesse repose sur un détail que 1X assume désormais ouvertement, et qui change la nature de ce qu'on laisse entrer chez soi : par moments, ce n'est pas le robot qui agit, c'est un opérateur humain qui le pilote à distance, et qui voit ce qu'il voit.
Trente kilos qui promettent vos soirées
Le pari matériel de 1X est d'abord un pari sur la douceur. Là où les humanoïdes d'usine évoluent derrière des grilles, lourds et bruyants, NEO a été pensé pour cohabiter avec des enfants et des animaux. Sa trentaine de kilos en fait l'un des humanoïdes les plus légers de sa catégorie ; son enveloppe souple amortit les contacts, et son fonctionnement reste discret. On peut le croiser dans un couloir sans avoir l'impression de partager son salon avec une machine-outil.
Les capacités annoncées suffisent à couvrir l'essentiel des corvées domestiques. Chaque main compte vingt-deux degrés de liberté, de quoi saisir un verre, plier un vêtement ou tourner une poignée. Le robot porte une vingtaine de kilos sans effort et peut en soulever bien davantage. Marcher, ouvrir une porte, déplacer un objet d'une pièce à l'autre : la gamme de gestes vise précisément le quotidien qui ronge les soirées.
C'est là que la proposition touche juste. Les tâches ménagères ne sont pas difficiles, elles sont chronophages et répétitives, et elles s'accumulent en fin de journée, quand l'énergie manque. Une machine capable de les absorber ne vend pas une prouesse technique, elle vend des heures. Pour qui rentre tard, garde des enfants ou vieillit seul, ces heures rendues ont une valeur très concrète.
Un humain dans la boucle
Reste que NEO, en 2026, n'est pas le majordome autonome de la brochure. Pour les gestes simples et répétés, il agit seul ; pour tout ce qui sort du cadre, une tâche inédite, un objet inconnu, un imprévu, il fait appel à un opérateur distant. Celui-ci voit la scène à travers les caméras du robot et le guide jusqu'au bout du geste. 1X ne s'en cache plus et nomme la chose : human in the loop, l'humain dans la boucle.
Cette téléopération n'est pas un aveu d'échec, c'est le moteur de l'apprentissage. Chaque intervention humaine nourrit l'intelligence du robot, un mélange de modèles d'OpenAI et de technologies maison, censée rendre la machine de plus en plus autonome au fil des mois. Bernt Børnich, le fondateur, le dit sans détour : l'autonomie complète est une destination, pas un point de départ.
Le renversement mérite qu'on s'y arrête. La promesse classique du robot, c'est d'effacer le travail humain. Ici, dans un premier temps, il le déplace : la corvée est toujours faite par une personne, mais ailleurs, depuis un bureau distant, à travers les yeux d'une machine posée dans votre cuisine. Le temps que vous gagnez, quelqu'un d'autre le passe à regarder chez vous.
Ce que voit l'opérateur
C'est tout l'enjeu de la contrepartie. Pour piloter NEO, l'opérateur regarde l'intérieur de votre logement par les capteurs du robot : le salon, la cuisine, parfois ceux qui s'y trouvent. Aucune autre machine domestique n'avait jusqu'ici offert un point de vue mobile et orientable, déplaçable d'une pièce à l'autre par une volonté étrangère.
1X répond par une batterie de garde-fous. Des zones interdites où le robot ne s'aventure jamais ; des plages horaires pendant lesquelles la téléopération est seule autorisée ; le floutage des visages ; le masquage des conversations ; des opérateurs soumis à une vérification d'antécédents et à un engagement de confidentialité. Sur le papier, l'intimité est défendue.
Mais ces protections inversent la charge. C'est à vous de tracer les zones interdites, à vous de penser à fermer la fenêtre de pilotage ; par défaut, la porte reste entrouverte. Et la promesse elle-même, un robot qui gère l'imprévu, suppose qu'un humain puisse prendre la main au moment imprévu, c'est-à-dire précisément quand vous n'aviez pas prévu qu'un inconnu regarde. L'aspirateur qui cartographie votre appartement était déjà un compromis connu ; un humanoïde aux yeux orientables en est un autre, d'un tout autre ordre.
Acheter un majordome, ou le louer
Le prix dessine deux mondes. Vingt mille dollars d'un coup, c'est le tarif d'une voiture, un achat que l'on possède. L'abonnement à quatre cent quatre-vingt-dix-neuf dollars par mois raconte une autre histoire : le robot devient un service, pas un bien. Tant que vous payez, il fonctionne ; le jour où vous cessez, ou bien le jour où l'entreprise change de cap, l'objet planté dans votre couloir s'éteint.
S'ajoute la question de la fiabilité. Une intelligence encore jeune, une téléopération qui a ses limites, un opérateur ne pouvant suivre mille foyers en même temps aux heures de pointe : le confort promis risque d'être intermittent avant d'être total. Le majordome idéal a, pour l'instant, des absences.
Reste l'accès. Vingt mille dollars ou un abonnement mensuel trient d'emblée qui récupère ces heures de vie. Le temps libéré ira d'abord à ceux qui peuvent le payer, et la corvée déléguée reposera, à l'autre bout du fil, sur un travail humain bien réel et probablement moins bien rémunéré.
NEO n'est pas une promesse de salon : la machine existe, se précommande et arrive bientôt dans des maisons réelles. Ce qu'elle livre en 2026 ressemble pourtant moins à un serviteur pleinement autonome qu'à une autonomie empruntée, le temps que la machine apprenne, à une personne assise devant un écran. Les heures qu'elle rend sont véritables ; leur prix est une porte laissée entrouverte sur vos propres murs, et une ligne mensuelle qui la maintient ainsi. La vraie question n'est pas de savoir si le robot pliera votre linge, il le fera, mais quelle part de votre intérieur vous accepterez de rendre visible pour qu'il y parvienne.