Posha mijote le dîner, à vous l'épluchage
Posha, robot de comptoir né à Bengaluru, promet de vous rendre une heure aux fourneaux. Il mijote, dose et surveille la casserole, mais il faut encore laver et couper. À quel prix ?
Sept heures du soir, et la question revient comme une facture : que fait-on à manger ? Entre le travail qui déborde, les courses à ranger et la fatigue, l'heure du dîner est devenue pour beaucoup une corvée quotidienne plus qu'un plaisir. Aux États-Unis, une personne sur deux passe encore près de cinquante minutes par jour à préparer les repas et à nettoyer derrière. C'est ce créneau, ni long ni glorieux mais répété trois cent soixante-cinq fois par an, qu'une petite machine posée sur le plan de travail veut vous rendre.
Cette machine s'appelle Posha. Née à Bengaluru en 2017 sous le nom de Nymble, présentée au salon CES 2024 puis rebaptisée en mai 2025, elle a la taille d'une grosse cafetière et l'ambition d'un cuisinier. Son fondateur, Raghav Gupta, a levé huit millions de dollars auprès du fonds Accel pour une idée simple : et si l'on cuisinait le dîner comme on prépare un expresso, en appuyant sur un bouton ?
Une cafetière qui mijote
Le principe est effectivement celui d'une machine à café. On choisit un plat dans un menu, on verse les ingrédients dans des bacs séparés, jusqu'à six, et l'on s'éloigne. Sous une caméra fixée au sommet de l'appareil, une plaque à induction chauffe, des trémies libèrent les épices, l'huile et l'eau au bon moment, un bras remue. La caméra, elle, ne filme pas pour la galerie : elle observe la couleur qui dore, la texture qui épaissit, les bulles qui montent, et ajuste le feu en conséquence, comme le ferait un œil exercé penché sur la casserole.
Ce que Posha remplace, ce n'est donc pas la recette, c'est la surveillance. Le quart d'heure où l'on ne peut pas quitter la cuisine parce que l'oignon brûle, où l'on remue en écoutant d'une oreille distraite, où l'on goûte et rectifie. La machine tient ce poste sans faille et sans lassitude, plat après plat, avec la même exactitude le lundi épuisé que le dimanche reposé.
Le temps qu'on ne passe plus debout
Le constructeur avance un chiffre : soixante-dix pour cent de temps de cuisine en moins, une famille passant de près d'une heure à dix ou vingt minutes par jour. Le chiffre vient du vendeur, il faut le prendre pour ce qu'il est, mais l'ordre de grandeur dit quelque chose de réel. Ce que la machine rend, ce n'est pas seulement des minutes, c'est une charge mentale. La question lancinante du soir, l'improvisation devant un frigo à moitié vide, la culpabilité de commander une pizza pour la troisième fois : tout cela s'allège quand un appareil garantit qu'un plat chaud et régulier sortira, quoi qu'il arrive.
Il y a là une forme d'autonomie domestique qui ressemble à celle du lave-vaisselle ou du robot tondeuse : non pas faire à votre place ce que vous aimez faire, mais vous libérer de ce que vous faisiez par obligation. Celui qui aime cuisiner continuera de cuisiner. Celui pour qui le dîner est une contrainte récupère une demi-heure et un peu de calme, chaque soir, sans y penser.
Ce qui reste dans vos mains
Reste que l'autonomie de Posha s'arrête à la porte de la casserole. La machine ne fait pas les courses, ne lave pas les légumes, et surtout ne les coupe pas. Avant d'appuyer sur le bouton, il faut encore acheter, éplucher, émincer, parfois cuire les pâtes à côté. Le geste le plus fastidieux de la cuisine, la préparation, demeure entièrement humain. Posha cuit le repas, elle ne le prépare pas.
Le prix, ensuite, trie les foyers. Comptez environ mille cinq cents dollars pour l'appareil, plus un abonnement facultatif d'une quinzaine de dollars par mois pour accéder à l'ensemble des recettes. À ce tarif, la machine s'adresse à ceux qui cuisinent souvent et régulièrement, pas à l'étudiant ni au foyer qui compte chaque euro. Le marché mondial des robots de cuisine, estimé autour de cinq milliards de dollars en 2026, se construit d'abord sur les classes aisées et pressées.
Il y a enfin la question du répertoire. Un plat qui mijote dans une casserole unique, oui ; un repas à plusieurs préparations, des textures qui demandent des mains, une pâtisserie exigeante, non. La machine excelle dans un genre précis et s'efface devant le reste. On ne remplace pas un cuisinier, on automatise une catégorie de plats.
Un cuisinier qui vous observe
Confier son dîner à Posha, c'est aussi installer une caméra connectée au cœur de la pièce la plus intime de la maison, et lier ses repas à un catalogue de recettes verrouillé derrière un abonnement. Tant que l'entreprise vit et que le service tourne, tout va bien. Mais que reste-t-il de la machine si le fabricant ferme, si l'abonnement grimpe, si les recettes cessent d'être mises à jour ? Le lave-vaisselle des années 1980 fonctionne encore ; rien ne garantit qu'un appareil dépendant d'un logiciel et d'un serveur distant vieillira aussi bien.
La dépendance est plus subtile encore. À déléguer la surveillance du feu, on perd un peu le geste, l'intuition du bon moment, le savoir minuscule qui se transmet en cuisinant à côté de quelqu'un. Ce n'est pas dramatique, c'est le sort de toute tâche que l'on confie à une machine. Mais il vaut mieux le choisir en connaissance de cause que le découvrir le jour où l'appareil tombe en panne et où la casserole redevient une énigme.
Le dîner, plus court mais pas ailleurs
Posha ne réinvente pas la cuisine, elle en retire la part la moins aimée : l'attente debout devant la plaque. Pour qui subit le dîner plus qu'il ne le savoure, le marché est clair, du temps et de la tête libérés contre un appareil coûteux et un peu de dépendance. Pour qui cuisine par goût, la machine n'a rien à offrir, et c'est très bien ainsi.
La vraie question n'est pas de savoir si un robot peut mijoter un curry, il le peut déjà. C'est de savoir ce que nous voulons vraiment reprendre, ces minutes-là, et ce que nous acceptons de laisser filer avec elles. Le temps rendu par la machine n'a de valeur que si l'on en fait quelque chose de mieux que de la regarder cuire.