Le robot qui entre chez vous est habité

On le vend autonome. Mais quand la tâche le dépasse, un opérateur distant prend les commandes en casque et fait le travail à sa place. Vous ne payez pas une machine autonome, vous financez son apprentissage, et votre maison en est la salle de classe.

Le premier robot humanoïde grand public est en vente. NEO, conçu par la société 1X, s'achète vingt mille dollars ou se loue près de cinq cents dollars par mois. On le présente comme autonome, capable de tenir une maison. Mais il embarque une fonction au nom révélateur, l'« Expert Mode » : quand une tâche le dépasse, un opérateur humain installé au siège de l'entreprise prend les commandes à distance, coiffe un casque de réalité virtuelle et fait le travail à sa place. L'autonomie que vous achetez est, pour l'instant, empruntée à un inconnu.

Le mécanisme est assumé. NEO réclame de l'aide dès qu'il bute, un opérateur formé prend la main, exécute le geste, et la séance devient aussitôt une donnée d'entraînement pour le modèle de la machine. 1X promet des garde-fous : zones interdites dans le logement, visages floutés, flux chiffrés, consentement explicite. Mais la condition reste la même : pour être aidé, vous autorisez un opérateur distant à voir, en direct, l'intérieur de votre maison.

L'autonomie est une promesse, pas une propriété

Le malentendu est là. Vous ne payez pas une machine autonome, vous financez sa fabrication. Chaque corvée qu'un humain accomplit à travers le robot enseigne au robot à s'en passer un jour. Vingt mille dollars pour héberger un apprentissage dont le diplômé remplacera son propre professeur : telle est la transaction réelle, et elle a ceci de singulier que plus la démonstration paraît fluide, plus il est probable qu'un humain se cache à l'intérieur.

Le renversement mérite qu'on s'y arrête. Le robot n'entre pas dans la maison pour la servir, il y entre pour l'apprendre. La cuisine, le salon, la chambre, ces lieux longtemps soustraits à toute mesure, deviennent un terrain de collecte. La robotique le répète depuis deux ans : ce qui manque n'est pas la puissance de calcul mais la donnée du geste réel, rare et coûteuse à produire. Le foyer est précisément l'endroit où elle abonde.

Ce que la maison cède en échange

Le vrai prix n'est donc pas le montant affiché, c'est la transformation de la vie domestique en jeu d'entraînement. Le consentement existe, mais il est asymétrique : vous accordez l'accès sans pouvoir surveiller ce que votre intérieur enseigne, ni à qui il profitera ensuite. On a beaucoup discuté de la surveillance par les écrans ; voici une caméra mobile, dotée de bras, invitée dans la pièce la plus intime.

La description honnête tient en une phrase : un corps piloté à distance, qui apprend en vous regardant vivre. L'autonomie viendra peut-être, et ce jour-là le pilote disparaîtra. En attendant, mieux vaut juger l'objet pour ce qu'il est plutôt que pour ce qu'il annonce : du travail humain présent et un actif de données futur, glissés sous une carrosserie humanoïde. Avant d'ouvrir la porte, il est prudent de savoir qui se tient derrière.